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Norman ROCKWELL (1894-1978) Peintre, illustrateur, photographe.

Autoportrait : ancêtre du selfie

Dans cet article « Autoportrait, ancêtre du Selfie », je me concentrerai pour l’essentiel sur cette partie particulière de la création de l’artiste en tentant de répondre à cette question : pourquoi peindre son autoportrait ? Mon objectif n’est pas de faire connaître l’œuvre et la vie de ce peintre d’exception, un domaine de l’art pour lequel les compétences ne manquent pas.

 Norman ROCKWELL est un illustrateur américain. Il peint la vie américaine du XX siècle dans un style figuratif. Ses illustrations très populaires vont pendant plus de 40 ans (1916 à 1960) faire les couvertures du Saturday Evening Post. Elles sont pleines d’humour et pittoresques exercent un attrait immense sur les lecteurs de ce magazine. Il sera l’artiste américain le plus aimé de son époque. Son art aura le pouvoir de charmer des millions de lecteurs. Il sera apprécié pour ses valeurs démocratiques : l’acceptation de toutes les races et de toutes les religions. Il est l’auteur d’un autoportrait parmi les plus célèbres de l’histoire de la peinture.

 

 

 BIOGRAPHIE

 

Norman Rockwell est né à NewYork en 1894. Son père exerce sa profession d’agent dans un secteur en plein développement, l‘industrie textile. Bien que n’ayant pas la fibre artistique il soutient l’attrait que son fils a pour le dessin.

Le jeune Norman a 10 ans. A l’évidence déjà au fait des canons de la beauté il n’apprécie guère le corps dont la nature l’a doté, “personnalité maladroite à lunettes”, “une pomme d’Adam monstrueuse, ses épaules étroites, son long cou et ses doigts de pigeon” se décrira-t-il plus tard. Mais heureusement des défauts physiques qu’il ignore dès qu’il dessine.
Pourvu de talent précoce il quitte le lycée dès 1910 pour la National Académy of Design et la Art Students League pour se consacrer totalement à l’apprentissage de son métier.
Il dira plus tard “J’ai tout mis dans mon travail……la seule chose qui donne une identité”. “Je sens que je n’ai rien d’autre, que je dois continuer à travailler ou je redeviens pigeon, épaule étroite, une bosse” !
En 1916, il propose 3 couvertures au magazine The Saturday Evening Post qui a son siège à Philadelphie.
A cette époque journaux et revues étaient les seuls médias à diffuser des informations et des nouvelles. Le directeur les accepte. Dès lors son nom et ses illustrations seront associés à cette revue. Il devient le peintre de l’Américain de la classe moyenne. Il illustre des scènes simples de la vie quotidienne de ses compatriotes. Vies de famille, plaisirs de la jeunesse, vieillards, barbiers, tatoueurs au travail en sont les sujets. Tel un conteur d’histoires il représente ce que l’Amérique a de meilleur et les gens l’apprécient car ils s’identifiaient à ses illustrations.
A son apogée le Saturday Evening Post tirait à 3 millions d’exemplaires. 47 années durant Norman Rockwell réalise 322 illustrations qui seront publiées en couverture du magazine. Sa vision, l’esprit et le charme de sa création séduisent le public mais aussi les professionnels. L’éditeur du Post, Kenneth Stuart évoquera sa “sensibilité pour l’humanité”. Il réalisera les plus célèbres de ses illustrations et couvertures jusqu’en 1963.

 

 

NORMAN ROCKWELL : UN PEINTRE ENGAGÉ

 

En 1943 Norman Rockwell participe à l’effort de guerre de l’Amérique en réalisant ”les quatre libertés” qui lui apporteront une notoriété internationale. Impressionné par le discours du président Franklin Roosevelt sur la primauté et préservation des valeurs démocratiques face au régime totalitaire Allemand, l’artiste cherche à transmettre ces idéaux sous formes de 4 tableaux : “La liberté de parole” (1), “La liberté de vivre à l’abri de la peur”(2), celle de “Vivre à l’abri du besoin”(3), et “La liberté de culte”(4). Le Post les publie en couverture et, exposées dans tout le pays, elles connaissent un important retentissement au point de collecter 133 millions de dollars de participation à l’effort de guerre, en billets d’entrée de spectacles et de ventes d’affiches.

 

Norman Rockwell a aussi aidé Franklin Roosevelt dans son second objectif qui était d’assurer un avenir de paix par la coopération internationale. C’est le président Américain qui a d’ailleurs inventé le terme “Nations Unies”! Terme qui a été utilisé pour la première fois en 1942 dans un document appelé “Déclaration des Nation Unies”. Ce document stipulait que 26 pays avaient l’intention de se réunir pour lutter pour la paix et les droits de l’homme pendant la guerre. Les discours de Roosevelt ne trouvèrent pas beaucoup d’écho auprès du public américain mais ils ont touché un certain nombre d’individus sensibles à sa vision et son message dont Norman Rockwell, qui pourtant avoua n’avoir pas pu trouver le sommeil durant ces nuits, troublé, cherchant à saisir la signification et la portée des mots de son président.

 

LA NATION A BESOIN DE SES FEMMES


Cette même année il réalise également l’illustration “Rosie the riveter” l’icône féminine de l’Amérique en guerre.
Les hommes partis au front, le gouvernement Américain lance une campagne pour recruter les femmes pour les usines d’armement.
La première représentation, une affiche appelée « We can do it ! », fut exposée dans l’usine Westinghouse, mais n’eut pas un grand succès. Norman Rockwell représente sa « Rosie » avec des traits beaucoup moins féminins. Elle est musclée de manière impressionnante, porte du rouge aux lèvres et un poignet de force. Elle mange un sandwich durant une pause et porte sur ses genoux un énorme pistolet à rivet. Dans le bas tu tableau elle se sert d’un exemplaire de Mein Kampf comme d’un repose-pied ! Telle une sainte elle est auréolée d’une fine couronne.
Cette couverture connaît un vif succès et devient le symbole de la lutte féminine après la guerre. A noter que l’artiste s’est inspiré d’une fresque de la Chapelle Sixtine, le prophète Isaïe de Michel-Ange !

 

 

LES NATIONS UNIES

 

En 1945 Il dessine un tableau qui représente les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et 65 personnes qui représentent les nations du monde. Ce conseil avait pour objectif de mettre de l’ordre dans le monde, pour que chaque nation puissent vivre dans la paix et sans peur. Finalement il abandonne son projet qui restera un dessin au fusain. Il pensait sa création sans intérêt et prétentieux !

 

 

PEINTRE DE CÉLÉBRITÉS


Dans les années 50 il réalisera les portraits d’hommes politiques comme Eisenhower, JFKennedy, Nixon… ou des artistes populaires tels que Bob Hope ou Spencer Tracy.

 

 

UN TABLEAU D’UNE SOMME RECORD


En 1951 il peint le “Bénédicité” qui représente une vieille femme et un petit garçon disant les grâces dans un restaurant entourés de nombreux clients. Rockwell fut payé pour ce tableau 3 500 dollars selon l’indice d’inflation de 2015 soit 31 800 dollars.

Ce tableau fut pendant longtemps la propriété de Kenneth J. Stuart, directeur artistique du Saturday Evening Post.
Le tableau est vendu en 2013 chez Sotheby’s à une personne dont l’identité est d’abord tenue secrète. Puis l’on apprendra que l’acheteur de cette œuvre n’est autre que le réalisateur de la « Guerre des Étoiles », George Lucas, pour la somme record (pour un tableau de Rockwell et pour une œuvre d’un artiste américain) de 46 millions de dollars.
Pour l’anecdote, Norman Rockwell, lassé par ce tableau, a faillit l’abandonner en court de création et même le détruire. “J’ai travaillé sur cette peinture toute la semaine et elle ne va nulle part. Aujourd’hui, j’en ai été tellement en colère que je l’ai jeté hors du studio, directement dans la neige. Je pense que l’idée ne sent pas bon”, dira-t-il à son confrère artiste Georges Hughes qui affirma qu’il avait raison. Une réponse qui fit mal a Rockwell qui changea d’avis. Il sauva le tableau de la neige et l’acheva.

 

 

Bien que Roosevelt n’a pas connu la création de l’ONU, il est décédé avant que l’Allemagne ne capitule, ses idées ont néanmoins influencé la constitution de cet organisme international. L’oeuvre de Rockwell “les quatre libertés” fut exposée lors de sa création à San Francisco.
La vision de Franklin Roosevelt devient un des thèmes dont le peintre s’inspire dans ses oeuvre comme cette huile sur toile “La règle d’Or”(The Golden Rule), règle présente dans toutes les grandes religions et cultures et qui stipule que l’on « traite son prochain comme on aimerai qu’il vous traite ». Ce principe de réciprocité est associé au développement de l’humanité depuis tout temps et constitue une source d’inspiration pour une conception moderne des droits de l’homme.
Ce tableau représente une multitude de personnages de toutes races et de toutes confessions religieuses. Elle fait la couverture du Saturday Evening Post en 1961.

 

 

SÉGRÉGATION RACIALE


Dans les années 1960 l’utilisation de l’illustration dans la presse décline au profit de la photographie. Le directeur artistique du Saturday Evening Post est remplacé ce qui amène Norman Rockwell à quitter le magazine.

À partir de 1964, il travaille pour Look. Sa plus célèbre illustration pour cette revue, “Notre problème à tous” (The Problem We All Live With), représente une petite fille noire américaine se rendant à l’école, escortée par des agents fédéraux. On distingue en fond, les trâces d’une tomate projetée sur un mur et des graffitis racistes (« nigger », terme insultant pour nommer les noirs). Elle témoigne de la ségrégation raciale qui régnait alors aux Etats-Unis.
Vers la fin de sa vie, il fait encore des affiches publicitaires et le calendrier des boy-scouts jusqu’en 1976. Il décède en 1978 à Stockbridge dans le Massachusetts.

 

 

 

 

 

 

AUTOPORTRAIT

 

 

 LE TRIPLE AUTOPORTRAIT – 1960

 

 

Ce triple portrait est conçu selon le procédé artistique appelé “mise en abîme”. En littérature il consiste à emboîter un récit dans un autre récit comme au théâtre une scène dans une autre. Ici il s’agit d’un tableau dans un autre tableau.
Le premier élément qui se remarque dans cette œuvre est le portrait du peintre sur la toile blanche. Seul partie du tableau en noir et blanc. Le reste des couleurs sont le bleu, le blanc et le rouge, couleur de la patrie du peintre.
Norman Rockwell ne s’aimait pas physiquement, nous l’avons déjà dit. On remarque ici que le portrait sur la toile semble rajeuni, idéalisé. Un visage qui n’a pas peur de se montrer. Le seul visage qui nous regarde directement. L’autre, celui de son reflet dans le miroir dépeint l’artiste plus âgé. L’auteur est concentré à sa tâche et ne prête pas attention au spectateur.
On note que la pipe sur le tableau est relevée, contrairement aux deux autres portraits, donnant un style plus flatteur à l’artiste. Celui dans le miroir en revanche cache son regard derrière des lunettes qui reflètent la lumière.
Le troisième, celui de l’artiste au travail, est de dos en pleine action. Sa position donne le dynamisme et le mouvement à la composition. Tout comme le verre qui se tient en équilibre sur un livre aux nombreux onglets et le désordre qui règne autour de la poubelle.
Le miroir a un cadre doré et surmonté d’un aigle, symbole des Etats-Unis, et du drapeau américain.
Au sommet du chevalet repose un casque de pompier que Rockwell a acheté à Paris en 1923. Associé à la fumée qui s’échappe de la poubelle l’auteur semble faire allusion à l’incendie provoqué par une pipe mal éteinte et qui avait ravagé son studio d’Arlington en 1943.
Sur le bord supérieur droit de la toile se trouvent punaisées des reproductions de peintres célèbres, maîtres, eux aussi, dans l’art de l’autoportrait : Durër (voir l’article consacré à cet artiste dans ce blog), Rembrandt, Picasso et VanGogh.
Enfin on note que la signature de l’œuvre n’est pas comme habituellement sur le bas de l’illustration mais sur le tableau comme pour souligner encore un peu plus que l’artiste aimerait que le vrai Norman Rockwell soit comme celui de sa toile.

 

NORMAN ROCKWELL OU L’ART D’UTILISER LA PHOTOGRAPHIE

 

 

Beaucoup des peintures de Norman Rockwell ont d’abord été conçues en prenant des clichés photographiques.
L’artiste imaginait un thème et demandait à ses sujets de poser selon le but ou l’expression recherché. On imagine aisément qu’il ait pu également surprendre des personnes dans des situations originales ou pittoresques suscitant l’imagination de l’auteur.

NOTE : Saviez que chaque seconde 1000 selfies se font dans le monde entier. Soit le chiffre faramineux de plus de 86 millions par jour ! Véritable phénomène de société planétaire !

 

 

RÉINTERPRÉTATION DÉTOURNÉE D’UNE ŒUVRE

 

 

Norman Rockwell, par ses nombreuses illustrations talentueuses de scènes populaires est un artiste peintre important de l’Amérique du 20ème siècle. Ses couvertures de magazines pittoresques et pleines d’humour ont illustré avec un charme incomparable la vie de ses compatriotes. Leur attrait a été immense et les Américains en sont tombés amoureux.
Dans les années 40 le Time avait qualifié Norman Rockwell comme “probablement l’artiste Américain en vie le plus aimé” alors que le New York Time comparait non sans affection ses créations aux romans de Mark Twain.

 

 

Son soutien aux idées humanistes de Franklin Roosevelt a montré qu’il n’était pas seulement un talentueux dessinateur humoriste mais aussi un artiste engagé, traitant les réalités d’un monde dangereux avec sérieux. Sa peinture “Le problème avec lequel nous vivons tous” est devenu aux Etats-Unis, des années 60, un symbole de la lutte afro-américaine. Grâce à l’appui du président Barack Obama, cette œuvre fut exposée à la Maison Blanche à Washington.

 

 

 

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Pour toute information supplémentaire voir Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Norman_Rockwell