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Gustave COURBET (1819-1877) Peintre, dessinateur, sculpteur.

Autoportrait : ancêtre du selfie


Dans cet article « Autoportrait, ancêtre du Selfie », je me concentrerai pour l’essentiel sur cette partie particulière de la création de l’artiste en tentant de répondre à cette question : pourquoi peindre son autoportrait ? Mon objectif n’est pas de faire connaître l’œuvre et la vie de ce peintre d’exception, un domaine de l’art pour lequel les compétences ne manquent pas.

Gustave COURBET, peintre, sculpteur et dessinateur français. Auteur de plus d’un millier d’œuvres. Artiste engagé, polémiste (“grande gueule”) et indépendant, il s’oppose au courant académique, romantique et idéalisée de la peinture de son époque comme il s’oppose à l’empire et à la politique de Napoléon III, pour soutenir les « Communards ».
Il délaisse la beauté et l’expression au profit d’une peinture personnelle et inédite en son temps : la vie quotidienne, les paysans, la campagne, les simples, les pauvres, la misère. Il peint des forçats, un enterrement, des paysans et devient le précurseur d’un courant nouveau et moderne, le “réalisme”.

 

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BIOGRAPHIE

 

Gustave COURBET peintre du 19ème siècle, est né en 1819 à Ornans, dans le Doubs, en bordure du Jura, dans une famille aisée, propriétaire terrien. Son père, Éléonor Régis Courbet, est agriculteur, éleveur de bovins et par son beau-père, viticuleur sur plus de 6 hectares.
Le jeune Gustave Courbet entre au séminaire d’Ornans. Il y reçoit ses premiers enseignements artistiques. Il réalise son premier “Autoportrait à l’âge de 14 ans”. Puis il entre au collège royal de Besançon mais passionné par le dessin il néglige les autres disciplines de son éducation. Il abandonne ses études et part pour Paris vers la fin de 1839, il a alors 20 ans.
Il s’installe à Versailles et vit d’une pension de ses parents pour entamer néanmoins des études de droit. Etudes qu’il délaisse très vite au profit de l’art. Il passe les années 40 au Louvres à copier les peintres qu’il admire.
En 1844 il parvient à exposer pour la première fois au Salon, seul lieu d’exposition, son autoportrait “Autoportrait au chien noir”. Réussite dont il est très fier.
D’autres autoportrait suivront dont “Le désespéré” qu’il mettra dix ans à achever.
Pourtant durant toutes ces années Gustave Courbet aura du mal à s’imposer. Ses œuvres sont souvent refusées ou mal exposées comme un autre autoportrait “L’Homme à la ceinture de cuir” exposé au salon en 1846. Blessé par ce manque de reconnaissance il part explorer la Belgique et les Pays-Bas.
L’année qui suit il voit toutes ses toiles refusées ce qui le rend furieux. Il écrit à ses parents “…ces messieurs du jury, ils refusent tous ceux qui ne sont pas de leur école…”.
C’est dans ces années 40 qu’il rencontre Virginie Binet, son premier grand amour. Courbet se peint avec sa compagne dans le tableau “Les Amants ou Valse”. Leur liaison durera une dizaine d’année et se terminera très mal.
En 1848 il s’installe dans un nouvel atelier près de la brasserie Andler-Keller, l’une des premières à Paris, tenue par la “Mère Grégoire“. Il y rencontre d’autres artistes à la recherche de nouvelles voies créatives entre romantisme et classicisme. Il fait la connaissance notamment d’hector Berlioz et Charles Baudelaire.
Courbet a toujours du mal à s’imposer malgré une bonne critique de son tableau “Le Violoncelliste”, un nouvel autoportrait. Mais il va jeter les bases de sa propre expression : le réalisme.
En février la République est proclamée. En Juin les évènement dégénèrent à Paris. Courbet les décrit comme “une guerre civile terrible…..il ne s’est jamais rien passé en France de semblable, pas même à la Saint-Barthélemy”.
En 1849 Courbet connaît enfin la renommée avec un tableau de grand format,“Une après-dinée à Ornans” (Ref 1) qui lui vaut une médaille d’or et de bonnes critiques dont celle de Ingres et Delacroix.
Mais il choquera à plusieurs reprises l’académie et les professionnels de son temps avec des oeuvres telles que les “Casseurs de pierres” (1849) (Ref 2), scènes de vie quotidienne représentant des forçats, jugées pas assez noble. Puis en 1850 avec ”Un enterrement à Ornans”(ref 3) tableau de très grande taille (315 × 668 cm) qu’il peint dans sa région natale où il représente les gens de sa famille et de son village sans hiérarchie dans la représentation de ces personnages bousculant ainsi les codes de la composition traditionnelle. Mais également par le traité graphique des “trognes” qualifiées de monstrueuses. Il héritera du surnom “le Watteau du laid” ! Et enfin avec “Les baigneuses”(Ref 4) en 1853, où il représente une femme grosse et sale synonyme de saleté morale par les critiques. Ces œuvres successives lui vaudront ses premières caricatures.

 

 

Mais celles-ci n’ébranlent pas Courbet, il écrira “…je m’en moque car quand je ne serai plus contesté je ne serai plus important…ils avaleront tous le réalisme”.
Eugène Delacroix reconnait ses talent de peintre mais rejette ses “sujets vulgaires et hideux” représentés dans ses toiles.
On est en 1955. Avec son mécène Alfred Bruyas il organise sa propre exposition en marge du Salon dans un pavillon qu’il fait bâtir et baptise “Le Pavillon du réalisme”. Il est alors reconnu comme un peintre indépendant.
Il y présente “L’atelier du peintre” (Ref 5), œuvre elle aussi monumentale (3.59 x 9.98m) refusée quelques semaines plus tôt par le jury à cause de sa taille. Gustave Courbet aime provoquer, c’est sa nature. En 1866 il présente “L’origine du monde”(Ref 6), un sexe féminin en gros plan dans un drapé qui choque une nouvelle fois.

 

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Napoléon III lui propose la légion d’honneur. Républicain et socialiste il refuse. Mais le 4 Septembre 1870 il est nommé à la commission des musée et des Beaux-Arts après l’avénement et la proclamation de la République. Il siège à la commission de l’enseignement où il propose le déboulonnage du symbôle des guerres Napoléonienne, la colonne Vendôme. Il est arrêté le 7 Juin 1871, après la “Semaine sanglante”, par le conseil de guerre et condamné à 6 mois de prison et une forte amende pour avoir participé à la Commune. Gustave courbet est ruiné et ses biens et ses toiles, lui sont confisquées.

Après avoir purgé sa peine de prison Courbet séjourne quelques temps encore dans sa Franche-Comté natale où il peint quelques natures mortes de poissons “La truite”(Ref 7). Par le traité au caractère dramatique de ce poisson piégé, vaincu mais encore vivant, on peut y voir l’image du peintre lui-même, toujours en proie à la justice.
Finalement il s’exile en Suisse où il fréquente un groupe de proscrits comme lui. Ils en retirera de nombreuses commandes mais ne réalisera plus d’œuvres majeures. Il refuse de rentrer en France par solidarité avec les exilés de la Commune, attendant une amnistie générale. Elle surviendra, mais 2 ans après sa mort en Décembre 1877.

NOTE : L’invention de la photographie noir et blanc date de 1839, grâce au français Nicéphore Niépce, puis celle en couleur, par l’anglais Thomas Sutton en 1861, les artistes on peint leur propre image, leur autoportrait, avec leur propre style.

L’AUTOPORTRAIT : UNE SPÉCIALTÉ DE GUSTAVE COURBET

 

 

L’HISTOIRE DE 3 AUTOPORTRAITS

 

Autoportrait : “L’homme désespéré” (1845)

 

C’est le plus fameux autoportrait du peintre. Il a alors 25 ans ! Première remarque à la vue de cet œuvre : le format est horizontal ! Gustave Courbet rompt avec la tradition qui veux que ce type de portrait soit vertical. Signe précoce de sa nature d’artiste indépendant affranchi des normes picturales de son temps.
De tous les autoportraits de l’auteur c’est incontestablement le plus singulier et le plus étrange.
Tous les aspects de cette peinture concourent à créer un sentiment de tension, d’intense émotion voire de folie : le sujet s’arrache les cheveux avec ses mains crispées, les yeux exorbités du jeune homme atteste qu’il semble perdu, égaré, la bouche est légèrement entrouverte, les narines contractées.
Le cadrage serré où le blanc de la chemise déborde de la toile donne le sentiment de mouvement. Le jeu de lumières de type “clair obscur” très prononcé, accentué par contraste blanc de ses vêtement et le noir de ses cheveux abolit les espaces. Le sujet est prêt à sortir de l’espace où il semble enfermé.
Ce type de représentation est très moderne et donc très inhabituel pour l’époque. Par le jeu des couleurs, des contrastes, des aplats, elle aurait sa place dans des œuvres de dessinateurs actuels de bandes dessinées.
Une fois n’est pas coutume Courbet aime choquer, révolutionner, nous interpeller par un parti pris graphique assumé. Le peintre semble œuvrer avec assurance, mais le sujet de ce portrait traduit également l’état d’un être tourmenté et désemparé. Cherche-t-il de l’aide ? Souhaite-t-il partager son désarroi, sa peur. Pas certain ! Il ne semble pas nous voir, tourné vers l’intérieur de son être dans une introspection dramatique ! Pourtant il nous tient ! Aucun moyen d’échapper à ce regard inquiet et “désespéré” !

 

Autoportrait : “L’homme blessé” (1854)

 

 En 1840 Gustave Courbet rencontre une jeune femme, Virginie Binet, dont il tombe follement amoureux. Leur idylle durera une dizaine d’années mais se terminera mal pour le peintre. La jeune femme qu’il qualifie d’amour de sa vie le quitte avec l’enfant qu’ils ont eu ensemble.

Dans un précédent tableau, “La sieste champêtre”, qui daterait de 1844 Courbet se peint sous les traits d’un jeune homme imberbe et endormi au pied d’un arbre. A ses côté une jeune femme assoupie elle aussi sa tête reposant amoureusement dans le creux de l’épaule du jeune homme.
Environ une dizaine d’année plus tard Courbet peint un autre tableau qu’il intitule “L’homme blessé”. Un autoportrait de l’auteur, jeune mais portant cette fois moustache et barbe. Il est adossé contre un arbre et enveloppé partiellement d’une cape ou d’un manteau qu’il tient d’une main. Il est vêtu d’une chemise blanche tachée de sang au niveau du coeur. Sur le côté une épée qui montre la cause de cette blessure, un duel. Courbet dira de cette œuvre : “La vraie beauté ne se rencontre parmi nous que dans la souffrance et dans la douleur? Voilà pourquoi mon duelliste est beau”!
C’est en 1973 qu’une analyse radiographique a révélée que les 2 tableaux ne font qu’un. Courbet a utilisé “La sieste champêtre comme support à son ”Homme blessé”. On peut facilement imaginé que la rupture avec son ancienne maîtresse a laissé le peintre anéanti et qu’il a transformé une paisible scène d’amour en une image de souffrance. La jeune femme a disparue laissant place à un homme qui semble agoniser !
L’artiste restera attaché à ce tableau plus que tout autre. Il ne s’en séparera jamais même lors de son exil en Suisse où il emmènera avec lui ce chef-d’œuvre.

 

Autoportrait : “Le prisonnier de Sainte-Pélagie” (1872)

 

 Au début des années 70 Gustave Courbet est à l’apogée de sa gloire. Ses convictions pour l’établissement d’une république et son goût pour la liberté lui font refuser la Légion d’honneur que lui propose Napoléon III.

Le 15 Juillet la France déclare la guerre à la Prusse.
Le 4 Septembre la République est proclamée. Deux jours plus tard Courbet est nommé à la tête d’une délégation chargée de protéger les œuvres d’art des musées nationaux alors que les prussiens approche de la capitale. Il rédige une note qui propose de ”déboulonner la colonne Vendôme“ afin d’en récupérer le métal. Avec beaucoup d’enthousiasme il participe activement à la Commune de Paris. Celle-ci décide d’abattre la colonne Vendôme, ce qui est fait en Mai 71 sous l’acclamation des parisiens
Après la Semaine sanglante, Gustave Courbet est arrêté le 7 juin 1871 et emprisonné à la Conciergerie jugé pour avoir participé activement à la Commune, d’avoir usurpé les fonctions publiques, et d’avoir été complice de la destruction de la colonne.
Son procès aura lieu à Versailles. Après 2 mois d’audience il est condamné à 6 mois de prison fermes et à 500 francs d’amende. Ses biens sont saisis et il ne peux plus vendre de toiles.
Durant ces 6 mois Courbet aura connu de nombreuses geôles. C’est dans la prison de Saint-Pélagie, établissement pour prisonniers politiques, écrivains, journalistes, et caricaturistes que l’artiste se représente. On ne sait pas ou cet autoportrait a été peint, en cellule durant sa détention, à son retour en Franche-Comté à sa libération ou durant son exil en Suisse.
Il se peint coiffé d’un béret, dans les habits bruns traditionnels de cet établissement carcéral. Ceux des prisonniers politiques. Il fume le pipe. Il porte un foulard rouge en cravate signe de son engagement envers la Commune.
Pour échapper aux conséquences de sa condamnation qui l’oblige à reconstruire la colonne Vendôme à ses propres frais, il s’exile en Suisse. La grande majorité des communards sont réduits au silence. Lui manifeste en exprimant son sentiment envers tous ses détracteurs et ennemis qui ont oeuvrer à sa ruine financière et à détruire l’image d’un illustre artiste peintre.

 

 

Gustave Courbet n’a cesser de faire polémique, en se plaçant hors des conventions de son époque. N’hésitant pas à utiliser le scandale et la provocation à son propre avantage, tirant partie de la publicité que les critiques lui ont fait. Peintre infatigable il laisse des œuvres qui se comptent par milliers. “Peintre ouvrier doté d’une sauvage et patiente volonté” dira de lui Baudelaire.
Il a utilisé avec talent l’art de l’autoportrait à de multiples reprises. Il restera un avant-gardiste débarrassé des convenances, un explorateur de nouveaux modes de création. En représentant dans ses peintures ou dessins des sujets tirés de la vie ordinaire, gens simples, paysans, forçats… il est à l’origine d’un nouveau courant en peinture : le “Réalisme”

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