Sélectionner une page

Albrecht DÜRER (1471-1528)

Autoportrait : ancêtre du selfie

Dans cet article “Autoportrait, ancêtre du Selfie », je m’attarderai pour l’essentiel à cette partie spécifique de la création de cet artiste et en tentant de répondre à cette question : pourquoi peindre son autoportrait ? Je n’ai pas pour objectif de faire connaître l’œuvre et la vie de ce peintre célèbre sinon de façon sommaire. Les érudits dans le domaine de l’art ne manquent pas pour narrer en détails la carrière de cet être d’exception.

Albretch DÜRER, peintre, dessinateur, graveur, théoricien de l’art et de la géométrie. Artiste Allemand considéré comme le plus important de son époque, dans la période située entre le Gothique et la Renaisssance.

 

 

COURTE BIOGRAPHIE

Albretch DÜRER est né au XVème siècle, à Nuremberg, le 21 mai 1471. Cette cité était considérée à l’époque comme une des villes les plus importantes de l’empire Germanique. Dürer sera initié dès son plus jeune âge à l’orfèvrerie par son père d’origine hongroise. Suite à cet apprentissage où il montrera une précocité surprenante dans l’art de la gravure (voir son autoportrait réalisé à l’âge de 13 ans), il effectuera de nombreux voyages en Europe. Son premier en Europe du Nord de 1490 et 1494 comme compagnon. A Colmar, Bâle, Strasbourg où il fait la rencontre de nombreux artistes.
Autoportrait au chardon (1493).
Puis dès l’automne de 1494 il quitte de nouveau Nuremberg pour l’Italie du Nord. A Venise il découvre un art nouveau, l’art de la Renaissance. Il réalise de très belles aquarelles de paysages Italiens.
Autoportrait aux gants (1498).
De retour dans sa ville natale il intensifie ses œuvres gravées. Il n’est plus l’artisan d’un seul art, le Gothique. Il donne libre court à sa sensibilité romantique à la manière des artistes transalpins. A cette époque ses œuvres sont déjà été exposées à Copenhague et Strasbourg.
Autoportrait à la fourrure (1500).
A l’automne 1505 il retourne en Italie, fuyant la peste qui sévit dans sa ville. C’est un séjour de 2 années où il est reconnu et célébré. Ce n’est plus le temps de l’adaptation, il a déjà découvert la puissance de la couleur et de l’expression qu’il cherche à transcender. 2 ans plus tard, en 1507, de nouveau de retour à Nuremberg Dürer poursuit son activité de graveur et peintre. Il est célébré pour ses œuvres dans de nombreuses villes où il est comblé de dons. Il consacre aussi beaucoup plus de temps à l’écriture. Il rédige des traités sur ses réflexions sur l’art, la perspective, et la géométrie. Son dernier traité des “proportions du corps humain” est publié peu après sa mort qui survient le 6 Avril 1528. Il est enterré à Nuremberg, dans le cimetière de l’église Saint-Jean. Eglise où il avait réalisé une aquarelle qui n’est rien moins que le paysage réel en couleur considéré comme étant le premier de l’histoire de l’art.

 

 

 NOTE : Ces autoportraits n’auraient pas pu se faire sans l’aide d’un miroir. Les premiers d’entre eux apparaissent en Anatolie 6000 av. JC mais ils ne sont alors que des pierres polies. Il ne cessera de s’améliorer au fil des millénaires en Mésopotamie 4000 av. JC, en Égypte ancienne vers 3000 ans av. J-C, en Chine 2000 ans av. JC, et enfin sous l’empire Romain.

On attribue l’invention du miroir argenté en verre au chimiste allemand Justus Von Liebig en 1835 : il remplaça l’amalgame d’étain-mercure toxique par une fine couche d’argent métallique sur le verre. Cela permit la fabrication en masse des miroirs a des prix abordable.

3 AUTOPORTRAITS PEINTS

 

 

1/ Autoportrait de Dürer, dit autoportrait au chardon.

Le 1er autoportrait peint par l’artiste. On est en 1493, Dürer à 22 ans.
C’est l’un des tous premiers autoportraits de la peinture occidentale.
A la fin du moyen-âge les peintres avaient l’habitude de se représenter dans leurs tableaux. Ils étaient aisément reconnaissables car ils n’étaient qu’un sujet secondaire d’une grande composition souvent religieuse et dont le regard était directement diriger vers l’observateur de l’œuvre.
A la fin de son apprentissage Dürer part pour un tour de compagnonnage dans le Sud de l’Allemagne.
C’est probablement à Strasbourg que Dürer peint ce tableau dont il est le sujet unique. Il montre un jeune homme élégamment vêtu portant un bonnet à ponpon ou à franges. Le visage a les traits d’un homme jeune contrairement aux mains longues et plus nerveuses propre à un adulte.
Il pose de trois-quart selon la tradition de l’époque. Un fond sombre met en valeur les tons chauds de son visage et de ses vêtements. Lesquels sont traités avec la finesse graphique de l’excellent graveur qu’il est.
Si la pose semble un peu maladroite elle s’explique par l’obligation qu’avait le peintre de se regarder sans cesse dans un miroir.
Le choix du chardon qu’il tient dans ses mains n’est pas anodin. Le chardon signifiait en Allemand “fidélité du mari”. Or Dürer allait se marier à Agnès Frey à son retour à Nuremberg. Mariage arrangé par son père. On peut imaginé que ce chardon était donc le symbole de son engagement et de son amour destiné à sa future épouse. Mais il n’est pas certain que le peintre était alors informé des démarches de son père.
Une autre explication est que cette plante est une allusion à la Passion du Christ. Plus précisément à la couronne d’épine. Ce qui s’accorderait avec l’inscription lisible sur le fond du tableau, prêt de la date “1493”, où Dürer à écrit cette phrase : “Les choses m’arrivent comme il est écrit là-haut”!
Cet autoportrait témoigne du passage de l’art médiéval à la renaissance Germanique.

 

 

2/ Autoportrait de Dürer, dit autoportrait aux gants.

Le second autoportrait peint par l’artiste. On est en 1498, Dürer à 27 ans.
En comparaison du 1er autoportrait peint 5 ans auparavant l’artiste se présente maintenant sous les traits d’un gentilhomme à l’élégance raffinée, appartenant à une classe aristocratique.
L’artiste qui a connu un formidable succès mérité avec ses estampes prend conscience du rang élevé à la condition d’intellectuel lors de son premier voyage en Italie.
Une position sociale plus élevée que celle qui est la sienne dans son pays natal.
Cette conception de l’artiste-artisan qu’il connait en Allemagne lui procure une certaine amertume. Il fera part de ce ressenti dans une lettre à son ami Pickheimer lors de son second voyage dans le Nord de l’Italie en écrivant : “ Ici je suis un seigneur, là-bas je suis un parasite” ! Sur cette œuvre il porte des vêtements soigneusement choisis, tel ceux d’un riche Vénitien.
On remarque l’élégance de l’harmonie, faite de couleurs claires et de bandes sombres, sur sa tenue et sur le bonnet qui le coiffe.
Elles mettent en valeur sont visage et son abondante chevelure artificiellement bouclée.
Les gants d’agneau gris qu’il porte accentue davantage cette apparence de noblesse. Peut-être aussi pour dissimuler les mains d’un simple artisan de Nuremberg !
Il est maintenant conscient de sa valeur et de son rang social. Rang qui lui confère des responsabilités. Celles de faire reconnaître les artistes de son propre pays. Les amener vers un statut plus élevé. Statut dont jouissent déjà les artistes en Italie.
Sur cette peinture il jette un regard sans arrogance à ceux qui le contemplent. L’arrière plan est sobre et sombre. Une fenêtre crée de la profondeur à la composition. Elle laisse percevoir un paysage lointain de type flamand fait de couleurs douces et raffinées en écho à la texture fine de ses habits. Le tout dans un style mixe, à la fois flamand et renaissance.

 

 

3/ Autoportrait de Dürer, dit autoportrait à la fourure.

Le 3ème et dernier autoportrait peint par l’artiste seulement 2 ans après le précédent. Quel changement radical dans la représentation !
On est au début de l’année 1500. Il va avoir 29 ans.
Une peinture qui a le pouvoir d’attirer l’oeil, qui exerce une fascination par sa beauté et son mystère. Un visage qui rappelle immédiatement le Christ !
C’est la fin du moyen-âge. Traditionnellement, pendant toute cette période gothique c’est ainsi, selon les conventions religieuses, que l’on a représenté le Christ. Le regard droit, frontal, sans illustration de fond et une composition symétrique.
Personne dans l’histoire de l’art en occident n’avait encore osé se représenter de cette manière.
En Italie c’est la renaissance. La représentation classique des portraits de profil s’achève. Les artistes privilégient les poses de 3/4 plus difficiles à réaliser mais plus flatteuses. Ils affichent ainsi avec fierté leur technique et compétences de peintre.
Une représentation de type “Renaissance” que Dürer avait lui-même utilisé dans ses deux précédents autoportraits.
Alors pourquoi cette composition conforme aux conventions des représentations religieuses ? Pourquoi cette similitude avec l’image traditionnelle du Sauveur ?
Pour les théoriciens de l’époque postérieure à la création du tableau c’est une marque d’arrogance voire un blasphème.
Il est peu probable que Dürer eut cette insolence tant il a prouvé par ces écrits et sa vie qu’il était un fervent chrétien. Il s’agirais plus d’une déclaration de foi et sa reconnaissance pour les aptitudes que Dieu lui a donné.
Peut-être peut-on y voir aussi une forme de dignité. Celle d’un artisan passé à l’état de génie reconnu lors de ses voyages. Notoriété qu’il a utilisé pour élever le niveau des artistes dans la société de son pays.
Il est concevable de penser que cette représentation signifie également le passage de l’age de la jeunesse à celui de la maturité. En concordance avec le passage à un siècle nouveau.
Les inscriptions de part et d’autre de son visage sont d’une part à gauche, le célèbre monogramme à ces initiales avec cette mention “Anno Domini”, l’année de notre seigneur. Et d’autre part, à droite, l’inscription en latin “Ainsi moi, Albrecht Dürer de Nuremberg je me suis peint avec des couleurs indélibiles à l’âge de 28 ans”.

 

 

Autoportrait gravé ou peint l’ancêtre du selfie est donc probablement né en Allemagne il y a plus 500 ans avec les œuvres d’Albretch DÜRER. Son père orfèvre l’initie dès son plus jeune âge à l’art de la gravure où ses talents précoces lui permettent de connaître une notoriété de son vivant dans son pays, l’Allemagne, mais surtout en italie ou il entretient des relations avec Bellini et Raphaël. Tout comme Léonard de Vinci son contemporain il est un chercheur tentant de traduire dans ses oeuvres dessinées, gravées ou peintes, l’existence, la vie.

 

 

! PROFITEZ DE MON CADEAU DE BIENVENUE !