Sélectionner une page

Arthur RACKHAM (1867-1939) Peintre, illustrateur, dessinateur.

Autoportrait : ancêtre du selfie

 

Dans cet article « Autoportrait, ancêtre du Selfie », je me concentrerai pour l’essentiel sur cette partie particulière de la création de l’artiste en tentant de répondre à cette question : pourquoi peindre son autoportrait ? Mon objectif n’est pas de faire connaître l’œuvre et la vie de ce peintre d’exception, un domaine de l’art pour lequel les compétences ne manquent pas.

 

Arthur RACKHAM, est l’auteur de centaines d’illustrations inspirées de contes et légendes, issu de l’univers fantastique et féérique. Il deviendra très populaire au début du 20ème siècle et sera même considéré comme un “enchanteur“ par les nombreux ouvrages populaires pour enfants qu’il mettra en image. Parmi les plus connus on peut citer les “Contes de Grimm”, “Peter Pan, ”Alice aux pays des merveilles” ou encore le “Roman du roi Arthur“. Doté d’un immense talent et d’une richesse imaginative sans limites il créera un style facilement reconnaissable fait de dessins à l’encre, à la plume, et rehaussé de lavis de couleurs douces. Les univers qu’il invente sont à la fois calme, joyeux, pittoresque, mais aussi inquiétant voire effrayant pour son jeune public. Mais le charme l’emporte avec ces fées magiciennes, ces animaux familiers à l’allure cocasse, ces jeunes filles héroïnes d’histoires épiques ou encore ces chevaliers que tout enfant aime à s’identifier. Et pendre un malin plaisir à se faire des frissons avec des géants menaçants, des ogres ou des trolls à la laideur inquiétante, ou encore avec ces forêts profondes et ces arbres aux racines tortueuses et visages grotesques.

 

 

 BIOGRAPHIE

Arthur RACKHAM, naît en 1867 en Angleterre de l’époque Victorienne. Il est l’un des douze enfants que compte la famille Rackham.
Dès son plus jeune âge il dessine au lit caché sous les couvertures. Et quand on lui enlève le papier il dessine sur ses oreillers.
Son père à des projets pour son fils qu’il imagine dans le secteurs des entreprises mais comme pour Gustave Courbet (voir l’article dans ce blog) il résistera et suivra son inclination pour le dessin.
Il entre à la Lamberth School of Art en cours du soir. Dans la journée il travaille comme employé au département incendie du “Westminster Fire Office“.
En 1888 une de ses aquarelle est acceptée par la Royale Academy of Art et vendue, lui rapporte 2 guinées.
En 1892 il quitte son emploi pour rejoindre comme journaliste illustrateur l’hebdomadaire Westminster Budget jusqu’en 1896. Bien qu’il illustre avec talent de nombreux livres et magazines Rackham n’a pas encore trouvé son style, le fantastique et le merveilleux, qui fera de lui l’artiste de renommée mondiale.
L’année 1900 sera déterminante dans la carrière de l’artiste. Il rencontre Edyth Starkie, qu’il épousera 3 années plus tard. Edyth est elle-même artiste portraitiste et va devenir la critique inspirée du travail d’Arthur. Des critiques et jugements que respecte grandement son mari. Elle va faire ressortir ce qu’il y a de meilleur dans la création de l’Artiste. Beaucoup d’historien d’art s’accordent pour dire qu’Edyth a été le déclencheur qui a révélé a Arthur Rackham son penchant naturel pour le fantastique et le merveilleux.
Au début des années 1900 l’artiste connaît un grand succès avec la sortie des “Contes de Grimm” dont il illustre l’ouvrage. 95 dessins à la plume en noir & blanc et une couverture couleur.
Mais c’est en 1907 qu’il connaît réellement la renommée avec la sortie d“Alice au pays des merveilles“ .

 

 

Mais comme souvent l’avènement d’un style nouveau dérange. Le travail d’Arthur Rackham crée la controverse dans le milieu de la critique. Bien qu’elle reconnait le talent artistique de l’illustrateur elle lui reproche d’avoir trahi l’œuvre de Lewis Caroll et les illustrations de John Tenniel de la précédente édition qui sont à cette époque très appréciées. Mais ces bien pensants doivent s’incliner devant la ferveur du public. Les lecteurs raffolent immédiatement de cette nouvelle version et adhèrent aux travail de l’artiste et à sa vision. Cette vague de sympathie est telle que les nouvelles interprétations d’oeuvres littéraires par Arthur Rackham deviennent alors une référence. Ce succès l’amène à illustrer une multitude d’ouvrages jusqu’au début des années 1930 dont “Le songe d’une nuit d’été” (1908), “Le voyage de gulliver” (1909), “Le roman du roi Arthur (1917),”Cendrillon” (1919), “La belle au bois dormant (1920) et bien d’autres.

 

 

En 1909 Arthur Rackham illustre de nouveau les contes des frères Grimm mais en couleur cette fois. En Angleterre l’apparition de l’impression en trichromie offre de nouvelles perspective de création mais l’artiste reste attaché à sa technique du crayon comme ébauche puis à l’encre mais il n’utilise que très peu ces 3 couleurs primaire franches. Il poursuit son travail sans relâche en illustrant les grands textes littéraires de son époque en laissant sa vision s’exprimer pleinement. Il revisite en images les œuvres de William Shakespeare, Edgar Allen Poe, Charles Dickens, Hans Christian Andersen…


Cendrillon

 

La belle au bois dormant

 


Le petit chaperon rouge

 

 


Le roman du Roi Arthur

 

Après avoir été membre de la Royal Watercolour Society il devient maître de la Art Worker‘s Guild en 1919. Sa renommée est alors à son apogée.Il expose aux galeries de Leicester, à Milan, Barcelone et au Louvres à Paris.

 

Lancelot terrassant le Dragon. Arthur et l’épée Excalibur

 

Si en 1920 les ventes des ouvrages de Arthur Rakham diminuent en Angleterre elles sont en revanche de plus en plus appréciées aux Etats-Unis où leurs ventes s’amplifient. A New York des expositions lui sont consacrées et la bibliothèque publique de la ville lui passe commande d’une série de peinture à l’aquarelle pour illustrer “Le Songe d’une Nuit d’Été” de William Shakespeare.
Sa technique de création est double. L’une, en couleur, est faite de nombreuses superpositions de lavis (encre diluée, et utilisée en couches transparentes) légèrement colorées d’où il tire ces ambiances surréalistes si personnelles.
Puis pour accentuer la précision de son tracé il rehausse ses personnages d’encre naturelle noire ou sépia (brun clair).
Par ailleurs, pour des ouvrages moins coûteux il crée ses fameuses silhouettes en noir et blanc où il exprime par la précision du trait et son humour tout son talent d’artiste.

 

 

Dans les années 30 Arthur Rackham commence à avoir des problèmes de santé. Une maladie chronique l’empêche de produire avec la même ampleur de nouvelles œuvres. Il continu néanmoins à réaliser de nombreuses nouvelles illustrations, soit pour des ré-éditions ou pour des commandes nouvelles.
Les illustrations pour les “Fairy Tales” de Hans Andersen connaissent un véritable succès et lui apporte la consécration avec le titre de meilleur ouvrage d’images de l’année 1932 pour “The Observer”. La même année un éditeur américain lui propose d’illustrer un récit de Georges Stephen. Ce qu’il accepte mais Rackham lui suggère également “Le vent dans les saules”. Ouvrage qui lui tient particulièrement à coeur car 30 ans auparavant il avait refusé de prendre cette commande faute de temps pour l’achever et malgré une lettre de 3 enfants lui demandant si il avait l’intention d’illustrer ce récit. Venant de lui-même cette suggestion montre qu’il avait du grandement regretter d’avoir décliné à l’époque cette commande.
A cause du soin méticuleux que l’artiste prend à finaliser ses illustrations mais aussi à cause de sa santé qui décline (il réalise alors ses œuvres depuis son lit), cette commande lui prendra 3 années pour l’achever.
Cette œuvre sera la dernière d’Arthur Rackham. Il meurt le 6 Septembre 1939.
“Le Vent dans les Saules” paraît l’année suivante en 1940 à titre posthume d’abord aux Etats Unis puis 10 ans plus tard en Angleterre.
Le journal Londonien “The Times“, décrit l’artiste comme “l’un des illustrateurs de livres les plus éminents de son époque” avec “une place spécial dans le coeur des enfants” !

 

 
Le Vent dans les Saules

AUTOPORTRAIT

 

 

Arthur Rackham l’enchanteur.

Toute sa vie il a été le peintre du merveilleux. Ses œuvres sont la représentation d’ouvrages de contes et légendes, de féeries, d’univers fantastiques : un émerveillement ! Il n’a jamais perdu le sens de la joie et de l’imaginaire à une époque où le monde vivait les frayeurs et les atrocités de la guerre, elles, bien réelles. Tout comme le rêve et la fantaisie ont toujours été présents dans ses peintures à une époque où la société connaissait ses avancées industrielles. ll a mis en images les rêveries apaisantes et merveilleuses de l’enfance, et aussi parfois ses peurs ou ses hantises. Dans ces autoportraits on perçoit tous les aspects de cette sensibilité et la diversité de sa création. Un regard derrière lequel se cache une imagination exceptionnelle en perpétuelle recherche d’originalité. L’humour et la dérision d’un homme oiseau en conversation avec un bébé canard. Ou le peintre personnage de ses propres œuvres dans ces mondes oniriques.

 

Comment ne pas imaginer de la bonté et de l’affection chez cet artiste qui a consacré toute sa vie à dépeindre avec tant de sensibilité et de douceur des univers enchantés pour apporter du merveilleux aux êtres les plus fragiles, les enfants, son public ?
Comment ne pas imaginer un homme pas tout à fait de ce monde voyageant dans deux univers, l’un bien réel, celui de son atelier, de sa vie de famille ou de ses relations avec ses commanditaires et l’autre chimérique généré de son esprit  visionnaire d’exception ?
Les images que cet artiste nous a laissé sont belles et délicates. Même quand elles sont parfois imprégnées d’une certaine mélancolie sans doute du à son style fait de camaïeu de couleurs brunes. Même quand les sujets dépeints sont par instant inquiétants et dérangeants comme peuvent l’être nos propres rêves.
Après avoir parcouru l’œuvre d’Arthur RACKHAM, si vous avez l’âme d’un voyageur nocturne, hanté par toute cette cohorte de félons mi-beaux, mi-laids, parfois horrifiques, peut-être pourrez-vous dire, en vous inspirant d’un célèbre roman, « Mes Nuits sont plus Belles que vos Jours“ !

 

Si vous venez de découvrir Arthur Rackham et êtes tombé sous le charme de cet artiste vous trouverez sur le net nombre de ses illustrations. Cet illustrateur a été si prolifique que le choix de ses œuvres pour cet article est totalement personnel.
Mais je n’ai pas pu résister au désir de rajouter 2 illustrations supplémentaires que j’affectionne tout particulièrement. Pourquoi se priver de ce petit plaisir tant l’artiste a du talent et impressionne !

 

She went along, and went along, and went along.

 

Songe d’une Nuit d’Été – William Shakespeare

 

 

! PROFITEZ DE MON CADEAU DE BIENVENUE !